L'image de la couverture
est très représentative de l'esprit du texte.
Humour à la Marx Brothers, décalage du propos,
où le bon sens paraît idiot. Humour visuel, clownesque, de ce gros bonhomme
dont l'obésité se situe à tous les étages. D'abord une monstruosité physique,
dégoulinante capable de s'enfiler et de déglutir des kilomètres de saucisses,
mais aussi une "obésité verbale" qui se répend: il parle, crie éructe, glapit,
geint dans une logorrhée inépuisable, enfin, une capacité absorbante et
débordante à engloutir, aspirer les idées des autres pour les détruire et
régurgiter LA vision du monde, la sienne.
Tout ceci laisse le lecteur à la fois souriant
devant la comédie, mais aussi désarçonné face à la tragédie de cet être
inadapté.
Un humour des mots traité avec un vocabulaire du
registre soutenu pour une logique de construction d'un raisonnement
fantasque.
Au passage, on y lit toute une peinture des
Etats-Unis des années 60.
Je cite une partie de la préface car elle fut
l'un des éléments déterminant pour engager la lecture de ce livre:
"La meilleure façon de présenter ce roman -
qui m'a laissé pantois, plus encore à la troisième lecture qu'à la première-
est peut être de raconter comment il m'est parvenu. En 1976, alors que
j'enseignais à Loyola, une femme que je ne connaissais pas me contacta par
téléphone. Son propos était inattendu. Elle n'avait pas écrit deux chapitres
d'un roman et ne désirait pas s'inscrire à mes cours. Non. Son fils, qui était
mort, avait écrit un roman tout entier au début des années soixante, un gros
roman, et elle voulait que je le lise....."