LOR'Aline

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samedi 30 janvier 2010

Petits suicides entre amis (Arto PAASILINNA)

" Les plus redoutables ennemis des Finlandais sont la mélancolie, la tristesse, l'apathie."

Je veux me suicider, tu veux te suicider, il veut se suicider, nous voulons nous suicider. Comment pourrions nous le faire ensemble? Tel est le thème du livre. La recherche de la mise en place de cet objectif commun se fait comme on monte une entreprise et de là naît l'ambiguïté du discours et de l'action. L'aide que l'on veut apporter aux suicidaires va t-elle leur permettre de réaliser leur souhait ou au contraire le réfréner? Pas de suicide individuel mais destin vers un suicide collectif, toujours repoussé. Le discours servi est  à la fois un pousse-au-crime et un empêchement à mener l'action jusqu'au bout.

L'emploi quasi constant du passé simple donne un ton détaché au texte. Allié à l'ambiguïté du propos, on sent poindre l'ironie.

Je ne sais pas pourquoi cela m'a fait penser à une phrase de ou prêtée à Clémenceau: "Quand je veux enterrer un problème je crée une commission". En écrivant cette phrase, je me rend compte que je n'ai pas pris au sérieux la détermination affichée des personnages à vouloir se suicider. Surtout dès lors que le sujet devient objet de réflexion, que chacun s'exprime sur sa manière de voir, qu'il faut négocier sur le mode opératoire, on parle, on parle on parle et pendant ce temps là on ne fait rien. Mais peut être est-il justement urgent de ne rien faire?

Une histoire originale et un propos acide où l'humour n'est pas en reste pour un plaidoyer anti-suicide.

jeudi 14 janvier 2010

Le mec de la tombe d'à côté (Karatina MAZETTI)

L'histoire d'une rencontre improbable entre deux personnes que tout sépare, rencontre qui va devenir une passion dévorante.

C'est la même histoire vue par chacun des protagonistes. Elle. Lui. Elle. Lui. Cette alternance régulière permet d'introduire une note humoristique dans l'opposition des points de vu. C'est un livre qui nous parle du choc des cultures, des modes de vie et des goûts de chacun jusque dans certains petits détails. Et quand on tourne la dernière page, la question demeure: mais qu'est-ce que l'amour? Est-ce la connivence intellectuelle, est-ce une attirance physique, est-ce le désir de construire des affinités ou le respect de la différence? Mille questions?

N'hésitez pas, de l'humour, du romantisme, de la tendresse ,un pur moment de plaisir.

mercredi 30 décembre 2009

La conjuration des imbéciles (John Kennedy TOOLE)

L'image de la couverture est très représentative de l'esprit du texte.

Humour à la Marx Brothers, décalage du propos, où le bon sens paraît idiot. Humour visuel, clownesque, de ce gros bonhomme dont l'obésité se situe à tous les étages. D'abord une monstruosité physique, dégoulinante capable de s'enfiler et de déglutir des kilomètres de saucisses, mais aussi une "obésité verbale" qui se répend: il parle, crie éructe, glapit, geint dans une logorrhée inépuisable, enfin, une capacité absorbante et débordante à engloutir, aspirer les idées des autres pour les détruire et régurgiter LA vision du monde, la sienne.

Tout ceci laisse le lecteur à la fois souriant devant la comédie, mais aussi désarçonné face à la tragédie de cet être inadapté.

Un humour des mots traité avec un vocabulaire du registre soutenu pour une logique de construction d'un raisonnement fantasque.

Au passage, on y lit toute une peinture des Etats-Unis des années 60.

Je cite une partie de la préface car elle fut l'un des éléments déterminant pour engager la lecture de ce livre:

"La meilleure façon de présenter ce roman - qui m'a laissé pantois, plus encore à la troisième lecture qu'à la première- est peut être de raconter comment il m'est parvenu. En 1976, alors que j'enseignais à Loyola, une femme que je ne connaissais pas me contacta par téléphone. Son propos était inattendu. Elle n'avait pas écrit deux chapitres d'un roman et ne désirait pas s'inscrire à mes cours. Non. Son fils, qui était mort, avait écrit un roman tout entier au début des années soixante, un gros roman, et elle voulait que je le lise....."

lundi 30 novembre 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates (Mary Ann SHAFFER et Annie BARROWS)

Je le dis d'emblée c'est un coup de coeur, parce que je ne vais pas commencer par cela.

J'ai eu du mal à entrer dans le livre et mes premières impressions: des moments drôles, une forme originale, mais cela manque de fond, une entrée en matière trop longue... ont bien failli me faire passer à côté du plaisir de lire et d'avoir lu ce livre.

Le tableau de fond: l'ile de Guernesey pendant la deuxième guerre mondiale sous l'occupation allemande.

La mise en forme des personnages, leur apparition dans le roman, leur consistance se fait par petites touches éparses liées à la forme narrative choisie. Ce roman est mené sous la forme épistolaire, quelque fois l'échange suppose un support plus récent que la lettre postée, transportée et délivrée par le facteur, il ressemble d'avantage à une correspondance par mail.

Toute cette correspondance tourne autour de Juliet.

Au début du roman certains des personnages ne se connaissent pas, petit à petit leur relation va se renforcer et s'intensifier, mais pour cela il faudra attendre que Juliet ait pris sa décision d'aller vers eux. Ce sont ses hésitations, son indécision sur ce qu'elle doit faire qui rendent le début de la lecture un peu long car la correspondance avec ces personnes reste superficielle, empreinte de distance et limitée à un sujet.

Une fois sa décision prise, Juliet va nous embarquer dans son aventure qui la mènera sur des chemins imprévus.

L'humour se fait de plus en plus fréquent au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture, comme si au début on était encore plongé dans la torpeur de la guerre et que petit à petit on reprend goût à la vie.

Ne vous découragez pas, vous rateriez un vrai moment de plaisir.

Connaissez-vous ces initiales, O.F.O'F.W.W.?

Ce sont celles d'Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, heureusement qu'on s'en tient seulement à la première et à la dernière initiale !

Message personnel:

Merci Francine et bon anniversaire.

mardi 20 octobre 2009

Les déferlantes (Claudie GALLAY)

Roman intimiste.

Longue, longue introduction du thème du roman, au début on pense qu'elle plante le décor par cette sorte de zapping d'un personnage à l'autre. Le style d'écriture s'y conforme, phrases courtes, chapitres courts. Une description minutieuse de petits détails, des faits et gestes de chacun, que l'on n'arrive pas à placer dans un cadre général, a quelque chose d'un peu désespérant, exaspérant.

Lorsqu'on découvre le coeur du roman, la bascule de la situation personnelle de la narratrice, personnage central du roman on s'aperçoit que ce zapping révèle son état d'esprit, que c'est une astuce, un dérivatif pour oublier, ne pas penser, ne pas se laisser ronger. Mais est-ce le coeur du roman? Dès qu'on croit l'avoir saisi, elle nous lance sur une autre piste, d'autres vies, vies abîmées.

Ensuite on la suit plus facilement et à peine a-t'on pris possession des personnages, a-t'on compris la mécanique de description de cette situation en "ni-ni", ni bonheur ni malheur, que c'est déjà fini.

Je ne connais pas La Hague, mais on peut se laisser séduire et sûrement trouver une ambiance particulière à ce lieu qui répond et renforce les sentiments des personnages.

lundi 15 juin 2009

Globalia (Jean-Christophe RUFFIN)

« Il était six heures moins cinq quand Kate arriva à la nouvelle salle de trekking. »

L'imagination a pour racine la réalité.

L'auteur nous entraîne avec humour et une logique implacable vers la société de demain. Le formatage de la pensée, la bibliothèque des comportements, tout est répertorié, tout est sous contrôle, même la contestation. Tout?

Vous plongerez dans ce roman et y nagerez comme un poisson dans l'eau parce que vous vous y reconnaîtrez et y trouverez votre place. On sourit, « jaune » quelquefois.

Une occasion de s'interroger sur nos propres comportements, mais on est finalement assez content de s'évader de ce monde là, de sortir de la bulle, de remonter à la surface en retrouvant la réalité avec le désir de modifier l'avenir et le destin que l'auteur nous a décrit.

dimanche 22 mars 2009

Brooklyn follies (Paul AUSTER)

« Je cherchais un endroit tranquille où mourir. »

J'ai la sensation d'un encéphalogramme plat au moment de donner un avis sur ce livre. Cela fait plusieurs semaines que je cherche les mots, le ton et surtout le contenu de ce que je vais pouvoir dire.

Nathan a soixante ans, un cancer en cours de guérison ou de rémission et alors qu'il croyait mourir, la vie se poursuit comme un bonus. L'auteur nous raconte une tranche de vie dans toute la banalité du quotidien. Il dresse une succession de portraits qui restent assez superficiels. Il ne se passe rien, et que font les personnages? Ils fantasment sur la vie des autres, ces autres côtoyés journellement ou seulement aperçus. Malgré la rupture du fantasme vers la réalité, la trahison de l'amour pour assouvir une vengeance, la transformation de la solitude du vieux garçon en conte de fée, on finit par s'ennuyer.

Le ton de ce livre ressemble à celui de la voix off de la série « Desperate Housewife ». On pourrait presque l'appeler « desperate single men»

Il en est de ce roman un peu comme de ces signalements qui ne signalent rien du tout. Taille moyenne, ni gros, ni maigre, nez moyen, yeux marrons, cheveux châtains, un descriptif factuel qui ne met rien en valeur et ne permet pas de reconnaître dans la masse.

Une petite pique d'intérêt sur la fin qui nous met en face de notre propre vie, de l'inéluctable effacement de notre passage et du désir de lutter contre cet oubli.

C'est ma première lecture de cet auteur, mais ayant lu des critiques très positives sur d'autres livres, je ferai peut être une nouvelle tentative avec un autre titre.

lundi 13 octobre 2008

La route (Cormac McCARTHY)

La_route.jpgQuand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté.

C’est le monde d’après, d’après l’ultime connerie humaine.
Tout est gris, ces deux êtres, l’homme et le petit, avancent sur la route avec leur caddie de supermarché, dans le seul but de survivre un jour de plus. Un univers déshumanisé qui me rappelle le Primo Levi ‘Si c’était un homme‘, où il n’y a ni espoir, ni désespoir. Mais uniquement un rythme quotidien lancinant: chercher à manger, s’abriter de la pluie, se réchauffer, boire, se réchauffer , ne pas être vus.
Et comme il n'a pas la force de la réalité historique, seule la petite voix de l’enfant qui dit: ’Non, je t’en prie’ introduit la note de conscience qui empêche le livre de basculer dans l'artifice d'un jeu vidéo.
Alors on prend la main de ce petit et on ne la lâche plus, jusqu’à la dernière ligne.

dimanche 28 septembre 2008

Les hauts murs (Auguste Le BRETON)

les hauts murs Aux pupilles de l'État, la Nation reconnaissante.
D'orphelinat en pension ou maison de correction, la vie de ses enfants sans amour, sous l'autorité arbitraire, la bêtise et la méchanceté des adultes. Des enfants qui n'ont d'enfance que leur âge. Un huis clos, on ignore tout de ce qu'il se passe dans la vie en dehors de cet établissement carcéral. Les hauts murs provoquent des hauts le cœur à en vomir. Des méthodes d'éducation d'un autre siècle.Ce roman est désormais un récit qui relève de l'histoire, comme Jacquou le croquant. Il a perdu de sa "contemporainité".
Reste l'indignation, la rage, la révolte des enfants et du lecteur jusqu'à l'écœurement.

lundi 22 septembre 2008

Itinéraire d'un salaud ordinaire (Didier DAENINCKS)

itinéraire d'un salaud ordinaire Les paulownias en fleur et le Restaurant des Intellectuels, c'est ce qui lui était venu en tête quand il s'était laissé aller aux nostalgies alors qu'on débouchait le champagne.

1942, Clément, diplôme de droit en poche rentre dans la police et sa vie jalonne les dossiers noirs de la police française durant quarante ans.
Dans son style habituel, efficace et sobre mais avec un pouvoir d'évocation des images, des ambiances et des décors plantés en trois phrases, Didier DAENINCKS nous décrit banalement la banalité consternante de la vie de ce flic qui finalement n'aura pas eu un comportement ordinaire. C'est ce paradoxe qui nous interpelle.

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