Les yeux d'Eglazines
Au bord de l'eau,
Tournée vers la falaise,
Le visage caressé par une brise douce et légère,
Je regarde Eglazines, je regarde ses yeux dépourvus de paupières
Au dessus des bouches closes de ses maisons muettes
Le village est mort.
Au bord de l'eau,
Tournée vers la falaise
Eglazines capte mon regard avec les yeux grand ouverts de ses maisons
abandonnées
Son visage étincelant par la lumière métallique du soleil d'été
Mes yeux aveuglés
Le village brûle.
Au bord de l'eau,
Tournée vers la falaise
Eglazines me regarde à travers les yeux sombres de ses maisons dépeuplées
Ses façades illuminées par la lumière ocre du soleil déclinant de
l'automne
Sur mon visage un sourire étire mes lèvres
Le village sommeille.
Au bord de l'eau,
Tournée vers la falaise
Eglazines, retient ses larmes au bord des yeux mi-clos de ses maisons
inhabitées
Coiffé de son bonnet blanc et enveloppé de sa pèlerine blanche
Je frissonne
Le village ne peut plus se pelotonner au coin du feu.
Eglazines me fixe avec les yeux définitivement ouverts de ses maisons
vides
Comme surpris par la mort qui l'a dérobé à la vie
Eglazines me fixe avec les yeux vides de ses maisons définitivement
ouvertes
Comme surpris par la vie qui refuse de se soumettre à la mort
Une perle naît au coin de mes paupières.
Au bord de l'eau,
Tournée vers la falaise,
Le visage caressé par une brise douce et légère,
Je regarde Eglazines, je regarde ses yeux dépourvus de paupières
Au dessus des bouches closes de ses maisons muettes
Demain, demain je viendrai
Je gravirai le chemin étroit et escarpé qui mène jusqu'à toi
Je sentirai le parfum des pins
Je boirai à la fontaine claire
Je débusquerai les petites fleurs timides,
Je me roulerai dans l'herbe tendre
Je m'extasierai devant les iris fiers
Je chanterai ma joie d'être là
Je m'accouderai aux fenêtres
Je serai la pupille de tes yeux
Et celui qui nous regardera du bord de l'eau
Tourné vers la falaise
Verra les yeux pétillants d'Eglazines
Et le village vivra.
(le 26 avril 2008)



Ces photos sont de Michel Séguret, avec son aimable autorisation
Publié le samedi 14 juin 2008 par Aline
Commentaires
J'ai été très ému de lire votre poésie. En effet, je suis le dernier né dans le hameau et ma grand-mère était la dernière personne à y vivre. Nous sommes en travaux pour restaurer cette maison familiale qui nous est toujours aussi chère. Nous sommes heureux de partager votre coup de coeur.
En vous remerciant
Aimé Roques
Merci beaucoup pour ce commentaire.
Votre émotion ajoute à ce petit texte une authenticité et une vérité que seule je n'aurais pu lui donner.
Je vous dédie donc ces quelques lignes sur Eglazines et au plaisir de se rencontrer peut être au détour du chemin qui mène au village.