festivalmontpellierAu Festival Radio France de Montpellier, confortablement installée, j'écoute un morceau de musique classique que je ne connais pas.
Je ferme les yeux et me laisse entraîner par les notes que je reçois une à une.
Elles se détachent de leur branche, deviennent des gouttes d'eau qui restent suspendues et se figent en perles bleues.
Les sons arrivent dispersés dans mon oreille, comme les images incohérentes d'un rêve interrompu qu'on essaie de ne pas oublier.
Les notes s'assemblent en forme de coeur de marguerite, un tapis jaune et velouté, glissent le long d'un pétale blanc pour retomber en un ruban ondoyant paresseusement quand surgissent des bisons sur la plaine poussiéreuse et suffocante. A peine le nuage reposé, les pas du troisième homme avancent sur les pavés de Vienne, tout est gris et noir. Dans la nuit oppressante les gros yeux exorbités du Maudit Peter Lorre me fixent, menaçant. Je ressens une vibration métallique et le clap sec d'un martelet tourne la page vers la scène suivante: un sautillement léger et guilleret accompagné d'une stridulation impertinente qui devient un bourdonnement incongru et enfle en un ronron persistant.
Le monsieur à côté de moi s'est endormi. Il ronfle.